12 étapes recommandées
pour la création d’une éco-communauté


À l’occasion du lancement officiel du Répertoire des éco-communautés au Québec, le 21 novembre 2009, les recommandations suivantes pour la fondation et le bon fonctionnement d’une éco-communauté ont été présentées par Diana Leafe Christian, conférencière invitée et membre de l’écovillage américain Earthaven, et résumées par Jean Hudon, membre de l’écohameau québécois Les Plateaux Commun’ô’Terre. Veuillez noter que l’ordre dans lequel ces étapes sont présentées n’est qu’à titre indicatif car, dans les faits, il arrive souvent que, selon les circonstances, plusieurs d’entres elles doivent être réalisées simultanément.

1) Organiser d’abord une ou des rencontres exploratoires afin de former un premier noyau de personnes désireuses de fonder une communauté.

2) Création d’un document établissant la vision directrice et les objectifs du projet, en définissant notamment les valeurs communes et les raisons de vouloir se lancer dans ce projet.

3) Il est important de choisir une méthode de prise de décision qui soit juste et qui engage la participation de chacun ; tous les participants doivent apprendre la même méthode et s’exercer afin de savoir bien l’utiliser. Deux possibilités existent : la sociocratie (gouvernance par consentement http://fr.wikipedia.org/wiki/Sociocratie) et le consensus avec une formule de vote en cas de désaccord afin d’éviter la tyrannie de la minorité. Trois critères sont nécessaires : il faut pouvoir choisir quelles personnes pourront soumettre leur candidature pour devenir membres (sélection des aspirants-membres au lieu d’un ouverture à tout venant) ; l’accès au pouvoir décisionnel doit être réparti à parts égales entre tous les membres (pas de propriétaire ni de patron ayant un pouvoir décisionnel dominant) ; et tous doivent s’entendre sur une vision commune et sur les objectifs poursuivis.

4) Il est également essentiel que chacun puisse acquérir de bonnes aptitudes à communiquer en groupe*, et aussi apprendre à gérer efficacement les situations de conflit en s’entendant à l’avance sur la façon de les régler, et ce, avant même qu’ils ne surviennent. Il faut pouvoir s’exprimer sans agressivité, en parlant avec son coeur, de manière ouverte et transparente, ce qui permet de maintenir l’harmonie au sein du groupe. Idéalement, tout différend doit être accueilli calmement, être perçu comme une expérience formatrice et enrichissante, et être résolu efficacement à la satisfaction de tous.

5) Les membres doivent convenir des politiques et règlements gouvernant la vie du groupe.

6) Il faut créer une entité légale (choisir entre les diverses formes juridiques existantes : corporation sans but lucratif, coopérative, fonds foncier, etc.) à travers laquelle le groupe de fondateurs fera l’acquisition d’une propriété où s’établira la communauté.

7) Il faut déterminer des critères de sélection afin de pouvoir choisir un lieu où établir la communauté en milieu urbain ou rural et se mettre en quête de l’endroit idéal. Il faut également déterminer de quelle faon l’achat sera financé (à parts égales entre les membres fondateurs, financement hypothécaire, etc.)

8) L’achat de la propriété peut alors s’effectuer.

9) Convenir du mode de financement interne de la communauté, notamment par le paiement de parts de membre et de cotisations mensuelles ou trimestrielles, et par la vente ou la location de terrains. Des contributions minimales annuelles en temps pour des travaux communautaires peuvent également être convenues.

10) Construction des infrastructures de la communauté (chemins d’accès, système d’approvisionnement en eau, etc.) et des résidences et bâtiments communautaires.

11) Mettre en place un système permettant de recevoir de l’aide de travailleurs bénévoles (stagiaires, woofers) pour les divers travaux, en échange du logis et de la nourriture, ainsi que d’une participation aux activités (réunions, repas et fêtes) de la communauté et d’une formation offerte dans le cadre des travaux effectués. Prévoir leur hébergement, comme des sites de camping (en été), douches, toilettes, abris pour cuisiner et qui fera à manger.

12) Créer un programme encadrant la démarche à suivre pour devenir membre, notamment en déterminant le nombre minimum de réunions du groupe auxquelles chaque candidat doit assister et le nombre de mois (minimum de 6 suggéré) de résidence au sein de la communauté avant de pouvoir solliciter à devenir membre et à participer aux prises de décision, ainsi que le montant de la part de membre non remboursable à payer une fois accepté. Il faut demander aux candidats de lire les règlements de régie interne et peut-être aussi les procès-verbaux des réunions précédentes afin d’être bien informés des décisions déjà prises par le groupe initial.

Il est important de s’assurer qu’il sera facile de bien s’entendre avec chaque nouveau membre, qu’il comprend bien et soutient les objectifs du groupe; qu’il accepte de se conformer aux règlements déjà convenus et qu’il veut bien apprendre et respecter la méthode de prise de décision pratiquée par le groupe. Il est également important de rencontrer chaque candidat intéressé afin de découvrir ce qu’il recherche et s’il comprend bien ce que signifie la vie au sein de votre communauté et les objectifs poursuivis par votre groupe ; de lui faire visiter les lieux ; et de lui expliquer tout ce que le groupe attend de lui. Une évaluation doit aussi être faite afin de s’assurer que le candidat est généralement compatible avec les autres membres et qu’il sera un bon atout pour la communauté.

Une procédure utile pratiquée par la communauté N Street Cohousing à Davis, en Californie, lorsqu’un ou plusieurs membres s’opposent à un consensus, consiste à leur demander d’abord de bien expliquer au groupe les motifs de leur opposition, puis d’exiger qu’ils soumettent à la satisfaction des membres d’un comité restreint une proposition alternative qui puisse répondre aux préoccupations et aux besoins pour lesquels la proposition initiale avait été élaborée par le groupe, ou soumise à ce dernier par le conseil d’administration ou par un comité. Ces membres dissidents et les membres du comité devront avoir convenu selon des modalités pré-établis (tel un maximum de 6 réunions en comité sur une période d’au plus 3 mois) d’une nouvelle proposition qui sera ensuite soumise lors d’une nouvelle assemblée générale des membres. En cas d’absence de consensus (en comité ou en AG) sur la nouvelle proposition, la proposition initiale est alors soumise, lors d’une assemblée faisant quorum, à un vote qui doit recueillir une majorité de 75% pour être adoptée. La mise en place d’une telle procédure a permis de dissuader les objections soulevées pour des motifs frivoles et n’a été utilisée qu’à deux reprises depuis la création de cette communauté en 1986.

Finalement, les sept principaux avantages de la vie au sein d’une éco-communauté sont les suivants : c’est plus sain d’un point de vue environnemental, car cela permet de réduire son empreinte écologique ; la vie en groupe offre une plus grande sécurité, puisque c’est un milieu idéal pour y élever une famille ; les gens y sont généralement en meilleure santé, notamment du fait des liens d’amitié qu’ils peuvent y tisser ; cela revient moins cher, car le partage de ressources et les économies d’échelle réduisent le coût de la vie ; on y mène une vie plus satisfaisante, notamment en raison du sentiment d’être soutenu par un réseau d’amis et de collègues partageant les mêmes valeurs et idéaux ; cela permet de développer de nouvelles aptitudes, comme avoir davantage de tolérance, de compassion et de confiance en soi, une capacité à mieux communiquer et à travailler en groupe, et aussi d’apprendre à jardiner, à construire et à cuisiner ; et enfin, c’est plus amusant de partager les nombreux plaisirs de la vie avec un groupe d’amis.

On retrouvera une version plus détaillée de ces douze étapes dans le livre Vivre autrement : écovillages, communautés et cohabitats, écrit par Diana Leafe Christian et paru aux Éditions Écosociété.

* NOTE: Plusieurs groupes communautaires, comme Cohabitat Québec requièrent de tous leurs membres qu'ils suivent chaque année un atelier de communication non-violente afin de rafraichir leur compréhension de cette technique de communication également appelée communication consciente, dont les étapes sont décrites ICI. Tel qu'indiqué ICI sur leur site: « Les membres de Cohabitat Québec adhèrent au principe de communication non-violente. Cette forme de communication est basée sur des observations objectives au lieu de jugements et sur l'art d'exprimer au 'je' ce que l'on ressent, dans un but d'éviter les réactions habituelles de son interlocuteur face à une critique (résumé de la définition de David Servan-Schreiber). L'empathie, l'authenticité et l'ouverture sont au coeur de ce processus de communication. »

Voici quelques groupes offrant ce genre d'atelier au Québec

Communication Synergie
Groupe Conscientia
Groupe Ancora

Ce Cachier du participant (22 pages) à un atelier de communication consciente de Communication Synergie permet d'avoir une très bonne idée du contenu d'un tel atelier.

Audrée Morin peut offrir un tel atelier par Zoom. Contact: audree.morin@gmail.com.

En complément, lire l'article suivant paru dans l'Actualité en février 2019...

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